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Cryptozoologie
 
Actualité cryptozoologique (24)

 

Chine Nouvelle ne "croit" pas au yéti

Diverses agences de presse, dont l'AFP du 14 décembre 1998, ont reproduit un communiqué de l'agence Chine Nouvelle, affirmant :
"Le yéti, homme-singe censé hanter les régions montagneuses de Chine, n'existe pas, a affirmé lundi la très sérieuse [sic !] agence officielle chinoise, tranchant un débat entamé il y a près de 20 ans sur le sujet."

Ironiquement, même les cryptozoologues les plus maximalistes ne peuvent que contresigner cette déclaration, puisque le terme de "yéti" est utilisé par les sherpas du nord-est du Népal. Donc, à moins de supposer que la Chine, après avoir annexé le Tibet, ait des velléités expansionnistes sur le Népal, il est absolument exact que le yéti stricto sensu ne hante pas les régions montagneuses chinoises, fût-ce sous forme de légende !

En fait, il est question dans cette dépêche d'agence des Ye Ren ("Hommes Sauvages") signalés dans les monts Shennongjia, de la province du Hubei (centre de la Chine). Ces créatures sont décrites comme des êtres humanoïdes de très grande taille (jusqu'à 2,50 m de hauteur), entièrement couverts de poils roux.
Outre des témoignages circonstanciés, ayant fait l'objet de procès-verbaux, on possède des indices matériels de leur existence. L'agence Chine Nouvelle n'apporte en fait aucun élément nouveau, sinon les professions de foi de divers responsables de l'Administration des forêts, dont celle du chef de division Wang :

"Je ne crois pas [sic] à cette histoire et de nombreux scientifiques sont d'accord avec moi."

Or, la connaissance scientifique n'est pas une affaire de croyance, mais une question de preuves. On possède des moulages d'empreintes de pas de ces créatures, mesurant une quarantaine de cm de long, des excréments trouvés le long de ces empreintes, des sortes de litières faites de branches entrelacées (il est à noter que les chimpanzés construisent de tels "nids" à plus petite échelle) et même de longs poils roux. Ces derniers ont fait l'objet d'études très nombreuses, hélas en chinois, portant sur la structure même (cuticule, pigments, etc.) comme sur la composition chimique. La conclusion des scientifiques qui les ont publiées (apparemment ignorés des autorités précédentes...) est qu'il s'agit de poils d'un primate supérieur roux, proche de l'orang-outan, mais distinct de ce dernier.

Enfin, on possède des restes fossiles d'un singe géant qui vivait en Chine du sud au pléistocène, il y a près de 500 000 ans, le gigantopithèque (Gigantopithecus blacki) : il est connu par 4 mandibules et quelques centaines de dents, près de deux fois plus grosses que des dents de gorille ! L'étude anatomique de ces restes donne à penser que ce singe, d'une taille probable de 2,50 m, était bipède, comme l'est du reste le gibbon, et comme il est dit par les témoins des Ye Ren. La robustesse de la mandibule fait également soupçonner la présence d'une crête osseuse sagittale sur le sommet du crâne (figure 1), comme chez le gorille mâle adulte, donnant l'aspect d'une tête pointue, popularisé par Hergé dans Tintin au Tibet.
La survivance actuelle de ce primate géant n'est nullement invraisemblable, quand on connaît la région des monts Shennongjia, couverts de forêts denses. Du reste, les ossements de gigantopithèque ont été découverts associés notamment à ceux du grand panda (Ailuropoda melanoleuca), qui lui survit toujours dans les forêts de bambou du Setchouan. Incidemment, cette sorte d'ours blanc et noir n'a été décrit qu'en 1869, à partir d'une peau et d'un crâne obtenus par un missionnaire français, le père Armand David. Bien que des expéditions se soient succédées aussitôt, ce n'est qu'en 1936 qu'un exemplaire a pu être capturé, ce qui répond par avance à l'objection "comment se fait-il qu'il n'ait pas été capturé depuis le temps qu'on l'étudie ?".



A - vue de profil


B - vue de face
Figure 1 : reconstitution du crâne du gigantopithèque,
faite par l'anthropologue Grover S. Krantz
(photos Michel Raynal).

Pour en savoir plus :

Anonyme
1998 L'agence Chine Nouvelle envoie le yéti aux oubliettes. Midi Libre (15 décembre).
1998 Michel Raynal, le biologiste qui croit toujours au yéti. Ouest France (21 décembre).

GREENWELL, J. Richard, and Franck E. POIRIER
1989 Further investigations into the reported Yeren - the wildman of China. Cryptozoology, 8 : 47-57.

  

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