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Cryptozoologie
 
Actualité cryptozoologique (37)

 

Encore une fois l'améranthropoïde

    Pas moins de quatre auteurs (trois Vénézuéliens et un Américain) viennent de consacrer un long article à l'améranthropoïde dans une revue scientifique suisse, le Bulletin de la Société Vaudoise des Sciences Naturelles de septembre 1999, reprenant leur propre article publié en espagnol un an auparavant dans la revue vénézuélienne Interciencia

    Entre 1917 et 1920, alors qu'il était en mission au Venezuela, le géologue suisse François de Loys abattit un grand singe d'apparence anthropoïde : la créature aurait mesuré 1,57 m de hauteur, aurait possédé 32 dents et surtout aurait été privée de queue. L'animal fut juché sur une caisse, maintenu par un bâton, et photographié ainsi (figure 1).


Figure 1 : l'améranthropoïde, photographié par François de Loys (d'après Montandon 1929).

    En 1929, l'ethnologue suisse George Montadon décrivit cet animal comme une nouvelle espèce de grand singe anthropoïde sous le nom d'Ameranthropoides loysi (Montandon 1929). Il s'ensuivit une controverse qui dure encore de nos jours.

    Les quatre auteurs de l'article de la société savante suisse ont pu rassembler des données intéressantes sur la biographie et la personnalité du géologue François de Loys, leur faisant dire dans leurs "considérations finales" :

"Il apparaît que François de Loys était un homme de science sérieux et responsable, optimiste et respectueux, et caractérisé par un notable esprit d'entreprise. Il semble improbable qu'un tel homme ait pu forger de toutes pièces l'imposture du singe anthropoïde, seulement pour la renonmée. [...] Il n'y a pas de raisons suffisantes pour affirmer que de Loys n'ait pas dit la vérité, surtout lorsqu'on a sous les yeux un document irréfutable, une photographie originale prise à une époque où le truquage photographique et la manipulation d'images par ordinateurs n'existaient pas." (Viloria et al. 1999)

    A la vérité, les quatre co-auteurs n'apportent aucun élément zoologique nouveau dans la controverse. Quant à leur conclusion, elle relève de la profession de foi.
    D'abord, le truquage photographique existe depuis Méliès, voire depuis Nadar ! Du reste, au lieu de la "photographie originale" ci-dessus (figure 1), les quatre auteurs n'ont pu s'empêcher de publier une photographie recadrée sur le singe, donnant l'impression d'un très grand primate !
Ensuite, pour ce qui est du singe lui-même, les recherches de mammalogistes et de primatologues éminents démontrent qu'il s'agit sans conteste d'un Ateles belzebuth, un atèle ou singe araignée déjà répertorié (Coleman & Raynal 1996).
    De plus, qualifier la photographie de "document irréfutable" est pour le moins audacieux : comme d'autres personnes avant lui, Guido Olivieri (1999) fait justement remarquer que la queue pourrait être cachée derrière le corps. Pourquoi donc avoir photographié l'animal de manière si équivoque ? En outre, l'absence de tout point de repère indépendant donnant l'échelle interdit de vérifier la taille de la créature : pourquoi personne n'est-il présent à côté de la créature, ce qui aurait permis de confirmer la hauteur alléguée de 1,57 m ?
    Enfin, pourquoi François de Loys ne mentionna-t-il pas un incident aussi spectaculaire dans ses écrits sur l'expédition au Venezuela, et attendit-il 1929 (donc près de 10 ans après l'incident) pour révéler une nouvelle aussi stupéfiante ?

    En 1998, Pierre Centlivres et Isabelle Girod ont eux aussi publié un article sur l'améranthropoïde, dans la revue d'ethnologie Gradhiva, et en arrivent à une conclusion radicalement opposée : il s'agit d'un canular monté par George Montandon, sur la base de ses préjugés racialistes sur les origines de l'homme. Etant tombé par hasard sur la photo du singe en parcourant les documents amassés par de Loys sur les Indiens Motilones, Montandon y a vu le "chaînon manquant" entre les singes sud-américains et les Indiens, qui le confortait dans sa délirante théorie de l'ologénisme. Dès lors, il n'a eu de cesse de vouloir prouver l'existence d'un anthropoïde sud-américain (Centlivres et Girod 1998).
    C'est l'hypothèse à laquelle étaient déjà parvenus (indépendamment de Centlivre et Girod), Loren Coleman et Michel Raynal (1996, 1997), deux chercheurs qu'on peut difficilement soupçonner de parti pris anti-cryptozoologique.

 

Pour en savoir plus :

CENLIVRES, Pierre, et Isabelle GIROD
1998 George Montandon et le grand singe américain. L’invention de l’Ameranthropoides loysi. Gradhiva, n° 24 : 33-43.

COLEMAN, Loren, and Michel RAYNAL
1996 De Loys' photograph : a short tale of apes in Green Hell, spider monkeys, and Ameranthropoides loysi as the tools of racism. The Anomalist, n° 4 : 84-93 (Autumn).
1997 On de Loys’s photograph. The Anomalist, n° 5 : 143-153 (Summer).

MONTANDON, George
1929 Découverte d'un singe d'apparence anthropoïde en Amérique du Sud. Journal de la Société des Américanistes de Paris, 21 [n° 6] : 183-195.

OLIVIERI, Guido
1999 Le mystérieux singe du Vaudois de Loys. 24 Heures (15 octobre).

VILORIA, Angel L., Franco URBANI, y Bernardo URBANI
1998 François de Loys (1892-1935) y un hallazgo desdeñado : la historia de una controversia antropológica. Interciencia, 23 [n° 2] : 94-100 (marzo-abril).

VILORIA, Angel L., Franco URBANI, Stuart McCOOK et Bernardo URBANI
1999 De Lausanne aux forêts vénézuéliennes. Mission géologique de François de Loys (1892-1935) et les origines d’une controverse anthropologique. Bulletin de la Société Vaudoise des Sciences Naturelles, 86 [n° 3] : 157-174 (septembre).

L'article en espagnol de Viloria, Urbani et Urbani (1998) est disponible au format PDF sur le site de Interciencia : cliquer ici (temps de téléchargement assez long !).

 

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