Institut Virtuel
de
Cryptozoologie
 

 

Lothar Frenz : Riesenkraken und Tigerwölfe
critique par François de Sarre

(dernière mise à jour : 28 mai 2000)

 

  

    "Sur la piste des animaux mystérieux" : Auf der Spur mysteriöser Tiere... il s'agit en l'occurrence du sous-titre donné par Lothar Frenz à son livre récemment paru : Riesenkraken und Tigerwölfe (figure 1) :

 


Figure 1 : le livre de Lothar Frenz.

    Une fois traduit par "Calmars géants et Loups tigrés (de Tasmanie)", le titre principal apparaît moins "sulfureux" au lecteur francophone, qui avait noté le mot Kraken, ainsi qu'un Tigerwolf qui peut faire penser à "Tigre à Dents de Sabre"...

    Mais le sous-titre "Sur la piste des animaux mystérieux" est là pour nous rappeler qu'il s'agit bien d'un livre traitant de cryptozoologie. Seulement, les animaux dits rares, ou redécouverts (que l'on croyait disparus pour toujours), y sont tout aussi à l'honneur. Ce qui est très bien pensé de la part de l'auteur Lothar Frenz, lequel ne limite pas ses investigations aux créatures les plus spectaculaires (Nessie, yeti, bigfoot, mokele-mbembe, serpent-de-mer...) : on lira ainsi avec intérêt les chapitres sur l'hatteria (Sphenodon), les crapauds des Baléares ou bien la mystérieuse perruche nocturne d'Australie (Geopsittacus).

    Le titre de l'ouvrage est judicieusement choisi, car le Riesenkrake ou calmar géant, appelé scientifiquement Architheutis, et le Tigerwolf ou loup tigré marsupial (Thylacinus cynocephalus), sont bel et bien deux figures emblématiques de la cryptozoologie. Le calmar géant, après avoir été un animal de légende, n'a été reconnu officiellement par la science qu'en 1856. Quant au thylacine, c'est un peu l'inverse, car l'animal était bien connu sur l'île de Tasmanie, avant de disparaître quasi officiellement des tablettes de la zoologie. Malheureusement, il suivait en cela le sort de bien d'autres espèces animales depuis le début du vingtième siècle. Mais peut-être reste-t-il quelques thylacines vivants ? L'Architheutis n'est plus un "cryptide", le thylacine en est devenu un.
    Les choses ne sont cependant pas aussi clairement tranchées. Ainsi, des calmars "super-géants" pourraient vivre dans les fonds marins : ce seraient de véritables monstres, pressentis par les témoignages de gens de mer et les traces de ventouse sur des cachalots. Quant au thylacine, il semble toujours vivre caché, non seulement dans son "fief" de Tasmanie, mais également sur le continent australien, voire même en Nouvelle-Guinée... Tout cela, c'est de la cryptozoologie !

    Parlons un peu de l'auteur. Lothar Frenz, né en 1964, a étudié la biologie à l'Université de Mayence, avant de se lancer dans le Journalisme. Il écrit régulièrement dans Geo, et il est notamment l'auteur d'un article fameux, paru dans l'édition allemande en Mai 1997: "Die Monster sind unter uns" (Les monstres sont parmi nous).
    Quand il était adolescent, Lothar Frenz avait été fasciné par le livre de Herbert Wendt : Die Entdeckung der Tiere (la découverte des animaux). Il déplorait qu'il n'y avait jamais eu de suite. On peut dire maintenant que c'est lui qui l'a écrite...

    Riesenkraken und Tigerwölfe est un livre cartonné de 250 pages, renfermant de nombreuses illustrations et photos. Surprise : la préface est signée Jane Goodall. On ne présente plus ici la célèbre ethologue qui a consacré sa vie aux chimpanzés dans la Réserve du fleuve Gombe, en Tanzanie. Jane Goodall connaît les forêts inextricables, dans lesquelles de grands animaux inconnus pourraient survivre. A la fin de sa préface, elle écrit fort joliment :

"Ce livre est tout à fait la forme d'encouragement dont nous avons besoin pour franchir le seuil de ce nouveau millénaire".

    Jane Goodall fait ici allusion aux incrédules -- et aussi à ceux qui croient tout savoir...

    Bien des scientifiques doutent encore de l'existence de formes animales inconnues "spectaculaires", qui restent à trouver dans les forêts d'altitude (Népal, Tibet, Ouest américain), dans les jungles tropicales (Indochine, Amazone, Afrique) ou dans les océans. A notre époque de haute technologie, disent-ils, rien ne saurait échapper à la sagacité des moyens modernes d'investigation: satellites, caméras à déclenchement automatique, filets et autres sonars pour les fonds lacustres ou marins.
    Les découvertes du vingtième siècle montrent que des animaux surprenants ont été trouvés, là où personne ne les attendait. Lothar Frenz a d'ailleurs eu l'excellente idée d'en dresser la liste, à la fin de son ouvrage ("Entdeckungen und Wiederfunde besonders spektakulärer Tierarten im zwanzigsten Jahrhundert"). Je citerai ici simplement : l'okapi en 1901, le gorille des montagnes en 1902, le dragon de Komodo en 1912, le paon congolais en 1936, le coelacanthe en 1939 et 1998, le pécari du Gran Chaco en 1975, le requin Megamouth en 1976, de nombreux Cétacés (Mesoplodon), et puis les découvertes récentes au Vietnam (Saola, Muntjak géant, Pseudonovibos).

    Rappelons aussi l'histoire vraie, contée par Frenz, de l'ornithorhynque qui habite les parages aquatiques australiens et tasmaniens. Lorsqu'en 1798, une peau complète d'ornithorhynque, fourrure semblable à celle d'un castor, avec y attenant une queue plate et un bec de canard desséché, parvint au British Museum de Londres, personne ne voulut tout d'abord y croire ! Quatre ans plus tard, arrivèrent des corps entiers de ces mammifères ovipares que les zoologues disséquèrent : de tels animaux extraordinaires existaient donc réellement !
    Comme quoi, la nature peut nous réserver encore bien des surprises. Dans son livre, Lothar Frenz cite évidemment les grands "classiques" de la cryptozoologie: yeti, bigfoot, orang pendek et autres hominoïdes ; Nessie, le grand serpent-de-mer, le "blob" de St-Augustine, et autres mystères de la zoologie.

    Pour le lecteur francophone, le livre de Frenz s'inscrit dans la lignée des ouvrages "généralistes" de Jean-Jacques Barloy (1985) et de Richard D. Nolane (1993), instructifs, joliment illustrés et passionnants à découvrir. Pour ma part, j'ai bien apprécié les anecdotes, le style très "heuvelmansien", la compétence et les connaissances de l'auteur allemand. On déplorera simplement l'absence d'une bibliographie, inconvénient qui pourrait être pallié dans une prochaine édition.
    Si l'on excepte ce dernier point, Riesenkraken und Tigerwölfe possède toutes les qualités que l'on est en droit d'exiger d'un ouvrage sur la cryptozoologie, au moment où nous rentrons dans un nouveau millénaire de découvertes. Il nous présente de façon objective l'état parfois déplorable de la faune contemporaine, constituée pour une bonne part de "survivants", sans oublier les espèces animales et végétales qui ont disparu à tout jamais, ou celles qui ne survivent que très péniblement. Certaines redécouvertes attestent -- c'est bien indiqué dans le livre de Frenz -- que des animaux au bord de l'extinction savent vivre cachés de l'homme, se faisant en quelque sorte oublier de lui : stratégie de survie oblige ! Le lien est ainsi fait avec les cryptides, à cette différence près qu'ils n'ont pas encore été décrits par les zoologistes : ils ne sont donc pas reconnus "officiellement" par la science. Ce sont, soit des animaux très rares (ou inaccessibles, au fond des mers par exemple), soit très malins, car ils évitent de se faire prendre au piège... Nous pensons bien sûr en tout premier lieu aux hominoïdes sauvages et velus, proches parents de l'homme. Lothar Frenz conclut d'ailleurs en ces termes :

"Et si nous n'étions pas seuls ? Et s'ils avaient survécu ? Si nous les rencontrions, qu'en ferions-nous ? Les mettre au zoo, ou les envoyer à l'école ?"

    Le mystère continue... Je salue en tout cas un excellent livre qui intéressera, et satisfaira, tout autant le zoologiste chevronné (souvent incrédule), que les passionnés et aficionados de la cryptozoologie... Pour conclure, rappelons-nous cette très belle phrase de Bernard Heuvelmans, extraite de l'introduction de son livre Sur la piste des Bêtes ignorées (1955) :

"Quand on relit l'histoire de nos connaissances, il faut bien avouer pourtant que, dans le passé, les événements ont souvent donné raison aux don Quichotte, et confondu les saint Thomas.

 

Références citées :

BARLOY, Jean-Jacques
1985 Les survivants de l'ombre. Paris, Arthaud.

FRENZ, Lothar
1997 Die Monster sind unter uns. Geo, n° 5 : 12-35 (Mai).
2000 Riesenkraken und Tigerwölfe. Reinbek, Rowohlt-Verlag.

HEUVELMANS, Bernard
1955 Sur la piste des bêtes ignorées. Paris, Plon.

NOLANE, Richard D.
1993 Monstres des lacs et des océans. Paris, Dossiers Vaugirard.
1993 Sur les traces du yéti et autres animaux clandestins. Paris, Dossiers Vaugirard.

 

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