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Le cerf du père David
(Elaphurus davidianus Milne-Edwards 1866)

(dernière mise à jour : 13 août 2009)

 

Zoologie

Nom commun : cerf du père David
Nom scientifique : Elaphurus davidianus
Classe : mammifères
Ordre : périssodactyles
Famille : cervidés
Taille : 1,25 m au garrot
Poids :
300 kg
Habitat : Chine
Régime alimentaire : herbivore
Longévité : environ 30 ans

Description :
un cervidé.

 

Historique de la découverte

    

    On doit la découverte de ce cervidé à un missionnaire français passionné de sciences naturelles, le père Armand David (on lui doit également la découverte du panda roux, du rhinopithèque de Roxellane, et surtout du panda géant). Tout commença par une lettre du 21 septembre 1865, adressée par cet érudit Lazariste, depuis Pékin, au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris, et dont Alphonse Milne-Edwards publia de larges extraits :

    "A une lieue au sud de Pékin, il y a un vaste parc impérial qui peut avoir une douzaine de lieues de circuit ; c'est là que de temps immémorial vivent en paix des cerfs, des antilopes à goitre, etc. Aucun Européen ne peut pénétrer dans ce parc ; mais ce printemps, m'étant hissé sur la muraille d'enceinte, j'ai eu la bonne fortune de voir, assez loin de moi, un troupeau de plus de cent de ces animaux qui m'ont paru être des élans. Malheureusement ils n'avaient pas de cornes à cette époque ; ce qui caractérise l'animal que j'ai vu, c'est la longueur de la queue qui m'a paru être relativement aussi longue que chez l'âne, caractère qui ne convient à aucun des cervidés que je connais.
    "Il est aussi plus petit que l'élan du nord. Jusqu'ici j'ai fait des tentatives infructueuses pour avoir une dépouille de cette espèce. Il est impossible d'en avoir même des parties, et la légation française se sent incapable de réussir à obtenir ce curieux animal par des démarches officieuses auprès du gouvernement chinois. Heureusement je connais des soldats tartares qui vont faire la garde dans ce parc, et je suis sûr que moyennant une somme plus ou moins ronde j'aurai avant l'hiver quelques peaux que je m'empresserai de vous envoyer. Les Chinois donnent à cet animal le nom de mi-lou et plus souvent celui de sseu-pou-siang, qui signifie les quatre (caractères) qui ne se conviennent pas ; parce qu'ils trouvent que ce renne tient du cerf par les bois, de la vache par les pieds, du chameau par le cou et du mulet ou même de l'âne par la queue."

    Dans une autre lettre, datée du 1er janvier 1866, le père David fit part de ses efforts continus pour apporter une preuve matérielle de l'existence de ce nouveau grand mammifère :

    "Je vous ai parlé d'un animal que j'ai découvert dans le parc impérial et qui est un renne à longue queue, à très-grandes cornes, la femelle n'en ayant point, me dit-on. Jusqu'à présent je me donne une peine incroyable pour en avoir des peaux ; j'ai espoir d'en obtenir deux ces jours-ci !"

    Et en effet, le 30 janvier, il pouvait se féliciter d'avoir atteint son objectif :

    "Dans mes deux dernières lettres, je vous ai signalé un renne qui me semble différer spécifiquement du Cervus Tarandus de Linné, et que je cherchais vainement à me procurer. A force d'efforts et d'argent, je viens d'avoir le bonheur de réussir à en obtenir deux peaux que je vous enverrai aussitôt que la saison le permettra.
    "M. de Bellonnet, notre chargé d'affaires, qui, à ma demande avait fait des démarches auprès des ministres chinois pour en obtenir du parc impérial, vient aussi de m'annoncer qu'on lui en promet deux en vie. Les deux rennes que j'ai rapportés moi-même hier sont une femelle adulte et un mâle de deux ans qui n'a qu'une seule dague pour tout bois ; mais sous peu de jours on me portera des bois de vieux mâles que je vous enverrai aussi. Nos rennes sont tous désarmés maintenant, leurs énormes bois trifides et tri-pectinés étant tombés il y a peu de jours, à la fin de décembre surtout. Ces animaux sont de la taille d'un gros cerf, d'un gris jaunâtre ou roussâtre, avec une ligne noire longitudinale sur le dos et une autre sur le poitrail.
    "Voici quelques autres caractères par lesquels il me semble que mon renne diffère du renne commun. 1° la femelle n'a jamais de bois ; 2° la queue a la forme de celle de l'âne, et dans les deux individus que j'ai, elle a une longueur totale de près de deux pieds [60 cm], dont les crins forment la moitié ; 3° les doigts terminés par de larges sabots ne sont point garnis de longs poils ; 4° le tour des yeux et de la bouche n'est point de la couleur indiquée pour le renne ordinaire ; les autres teintes de la robe me semblent aussi différer. Ainsi, à moins que les voyageurs modernes n'aient indiqué en Mantchourie quelque nouvelle espèce que je ne connais pas, je suis porté à croire que notre renne constitue une nouveauté pour la science. Je crois que ce renne habite en grand nombre les froids déserts du Thibet septentrional vers le 36° de latitude ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il se multiplie en grand nombre dans les parcs de l'empereur de la Chine où il ne touve pas un seul lichen à brouter, et qu'il ne paraît point souffrir des longs et chauds étés de Pékin."

    Enfin, le 2 février 1866, le père Armand David précisait :

    "M. de Bellonnet vient aussi de recevoir un couple de rennes adultes des ministres chinois ; il a eu la bonté de me faire remettre le vieux mâle qui est mort en route ; il est énorme ; je vous l'enverrai aussi, et ainsi l'espèce se trouvera bien représentée par un mâle vieux, un jeune et une femelle adulte [figure 1]. J'observe seulement que le vieux renne a la queue plus courte que les autres ; les dernières vertèbres caudales me paraissent atrophiées, outre que la touffe de longs poils est usée."

    Le grand zoologiste français Alphonse Milne-Edwards décrivit ce cervidé sous le nom d'Elaphurus davidianus en l'honneur du père David. Il s'agissait en effet non seulement d'une espèce nouvelle, mais même d'un genre nouveau.


Figure 1 : le cerf du père David (mâle et femelle adultes et jeune mâle)
(d'après Milne-Edwards 1866c)

    Là où le missionnaire se trompait, c'est sur l'aire de répartition de l'animal. S'il est vrai que jusqu'au néolithique il devait abonder dans la Chine orientale, il avait certainement été complètement éradiqué de son milieu naturel lorsque les marécages de l'est et du nord de la Chine avaient été asséchés sous la dynastie Chang Zhan (au deuxième millénaire avant notre ère) pour laisser place à la culture du riz. Cela faisait donc près de 3000 ans que l'espèce ne survivait qu'à l'état captif, et les seuls exemplaires vivants à l'époque du père Armand David étaient ceux du parc impérial de Pékin !

    Comble de malchance, en 1894 une inondation provoqua l'effondrement d'une partie de l'enceinte, permettant à de nombreux cerfs de s'échapper : ils furent tués par des paysans, profitant de l'aubaine de se procurer de la viande gratuite. Et en 1900, la guerre des Boxers (immortalisée par le film Les 55 jours de Pékin) vit les soldats britanniques abattre à la mitrailleuse la plupart des cerfs qui restaient encore, pour justement éviter que les rebelles puissent s'en servir comme nourriture. Les derniers cerfs survivants de ce massacre s'éteignirent à Pékin en 1921.

    Fort heureusement, dès 1869, des spécimens vivants issus évidemment du parc impérial, étaient parvenus dans des zoos européens, et en 1900, il revint à un Anglais, le onzième duc de Bedford, de reconstituer à partir de spécimens acquis auprès de ces parcs zoologiques une population d'une vingtaine d'individus qu'il entreprit d'acclimater dans le parc de l'abbaye de Woburn en Angleterre. C'est ainsi que l'espèce put être protégée et se reproduire en semi-liberté, et alors qu'elle avait complètement disparu en Chine, près de 200 individus étaient comptabilisés en 1935. Par la suite, le parc britannique put même fournir d'autres parcs zoologiques, y compris le zoo de Pékin, et on envisage même la réintroduction du cerf du père David en Chine, après une éclipse de 3000 ans.

 

Bibliographie

Anonyme
1870 Elaphurus davidianus. Le Magasin Pittoresque, 38 : 369-370.

CAO, Keqing
1978 On the time of extinction of the wild Mi-deer in China [in Chinese, with English summary]. Acta Zoologica Sinica, 24 [n° 3] : 289- (September).

MILNE-EDWARDS, Alphonse
1866a Sur le mi-lou ou sseu-pou-siang, mammifère du nord de la Chine, qui constitue une section nouvelle de la famille des cerfs. Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, 62 : 1090-1092 (14 mai).
1866b Note sur le mi-lou ou sseu-pou-siang. Annales des Sciences Naturelles, 5ème série, 5 : 380-382.
1866c Note sur l'Elaphurus davidianus, espèce nouvelle de la famille des cerfs. Nouvelles Archives du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, 2 : 27-.39

OSBORN, Dale J.
1977 Père David's deer. Field Museum of Natural History Bulletin, 48 [n° 9] : 10-13.

 

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