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Le tapir indien
(Tapirus indicus Desmarest 1819)

(dernière mise à jour : 15 juillet 2014)

 
en construction

 

Zoologie

Nom commun : tapir indien
Nom scientifique : Tapirus indicus
Classe : mammifères
Ordre :  périssodactyles
Famille :  tapiridés
Taille : 2,50 m de long et 1 m de hauteur au garrot
Poids :
250 à 300 kg
Habitat :  Malaisie et Sumatra
Régime alimentaire :  végétarien
Longévité : 30 ans

Description :
le seul tapir asiatique, à la coloration contrastée très caractéristique, qui rend cet animal nocturne quasiment invisible de nuit dans la jungle : l'avant du corps jusqu'aux pattes antérieures est noir, ainsi que les pattes postérieures, alors que le dos est blanc ou grisâtre, en forme de "selle" ou "chabraque". Le museau s'allonge en une courte trompe préhensile, la queue se réduit à un moignon.

 

Historique de la découverte

    A peine 7 ans après que Cuvier eût imprudemment affirmé en 1812 qu'il ne restait plus de "grands quadrupèdes" (comprendre grands mammifères) à découvrir, un animal de plus de 200 kg, le tapir indien, faisait son entrée dans la zoologie.

    L'Anglais Wahlfeldt mentionnait en 1772, dans un manuscrit sur Sumatra, un prétendu "hippopotame", dont il fit un dessin. Pour Horsfield qui a examiné ce dessin, c'est incontestablement le tapir.

    William Marsden, secrétaire de la résidence de Benkoelen, dans son livre The history of Sumatra (1784), cite un animal aussi incongru dans la faune de cette île :

"Hippopotame : cooda-ayer."

    Cuvier mit en doute la présence de l'hippopotame dans le sud-est asiatique, Dans une étude sur l'ostéologie du lamantin et des autres siréniens, il suggéra une autre identification, tirée de sa propre expérience :

    "Le nom de vache marine ayant été donné par les Hollandois et par quelques autres peuples, à l'hippopotame, aussi bien qu'au dugong, certains voyageurs, trompés par cette homonymie, ont placé des hippopotames dans quelques pays où ils avoient entendu dire qu'il y avoit des vaches marines, tandis qu'on ne vouloit leur parler que de dugongs.
    "J'ai une preuve récente de ce genre de méprise. Un voyageur très-instruit me soutenoit avoir apporté des dents d'hippopotames des Molluques ; quand il me les montra, je vis que c'étoient des dents de dugong ; et je suis maintenant fort porté à croire que c'est de cette manière que Marsden aura cru pouvoir donner des hippopotames à l'île de Sumatra."

    Le "voyageur très instruit" en question était le naturaliste et explorateur François Péron. En réponse à cette hypothèse de Cuvier, Marsden apporta des précisions utiles dans la troisième édition de son ouvrage sur l'histoire de Sumatra (1817) :

    "Hippopotame, kuda ayer : l'existence de ce quadrupède dans l'île de Sumatra ayant été remise en question par M. Cuvier, et ne l'ayant effectivement pas vu moi-même, je pense nécessaire d'établir que l'autorité directe sur laquelle je l'ai inclus dans la liste des animaux qu'on y trouve était un dessin fait par Whalfeldt, un officier employé à la surveillance de la côte, qui l'avait rencontré à l'embouchure d'une des rivières du sud, et transmis le dessin avec son rapport au gouvernement, dont j'étais alors le secrétaire. De sa ressemblance générale avec cet animal bien connu, il ne pouvait y avoir aucun doute. M. Cuvier suspecte que j'ai pu le confondre avec l'animal appelé par les naturalistes le dugong, et vulgairement la vache de mer, qui sera mentionnée ci-après ; et ce serait en effet une erreur cruelle que de confondre avec une bête à quatre pieds, un poisson avec deux nageoires pectorales servant de pieds ; mais, indépendamment de l'autorité que j'ai citée, le kuda ayer, ou cheval de rivière, est familièrement connu des indigènes, comme l'est aussi le duyong (mot malais dont le dugong des naturalistes est une corruption) ; et je n'ai qu'à ajouter que, dans un rapport donné par la Philosophical Society de Batavia dans le premier volume de ses comptes rendus pour 1799, apparaît l'article "couda aijeer, rivier paard, hippopotame" parmi les animaux de Java."

    Lorsque le tapir des Indes fut découvert quelques années plus tard, le baron français estima alors que ce prétendu "hippopotame" ou couda aijeer, n'était autre que ce tapir.

    Sir Thomas Stamford Raffles avait recueilli des détails en 1805. Un spécimen vivant avait été envoyé à Sir George Leith, gouverneur de Penang, mais hélas l'animal mourut en route et on se débarrassa de son cadavre dans la mer.

 

    Un autre britannique, le major William Farquhar, avait abattu un tapir aux environs de Malacca le 30 novembre 1815. Il écrivit le 29 janvier 1816 à l'Asiatic Society of Bengal, en envoyant le crâne, la description de l'animal et même deux magnifiques dessins en couleurs d'un adulte et d'un jeune individu (figures 1 et 2). La publication de son étude, hélas, prit 4 ans et ne parut qu'en 1820, soit un an après la publication de la description de la même espèce par Desmarest en 1819.


Figure 1 : tapir adulte

Figure 2 : tapir jeune

(dessins de William Farquhar, effectués en 1816)

    Ironie de l'histoire, c'est un élève de Cuvier, naturaliste au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, Pierre-Médard Diard, qui informa son professeur de l'existence de ce "grand quadrupède" dont le baron avait proclamé qu'il n'en restait plus à découvrir, en lui adressant dans une lettre en 1819 un dessin exact de l'animal (figure 3), et des renseignements très précis. Diard avait en effet vu à Barakpoor, près de Calcutta (Inde), un tapir noir et blanc inconnu de la science, qui venait d'être apporté de Sumatra pour la ménagerie du marquis de Hastings, gouverneur général de l'Inde :

    "Lorsque je vis pour la première fois à Barakpoor, le tapir de Sumatra dont je vous envoie le dessin , je fus très surpris qu'un si grand animal n'eût pas encore été découvert ; mais je le fus bien davantage encore en voyant, à la Société d'Asie, une tête d'un animal semblable, originaire des forêts de Malacca, qui avait été envoyée à cette Société, le 29 avril 1806, par M. Farguharie [sic], gouverneur de cette province. "Ce Tapir, ajoutait, dans une note, M. Farguharie, est aussi commun dans les forêts de la péninsule que le rhinocéros et l'éléphant. Les Musulmans ne mangent pas sa chair parce qu'ils le regardent comme une espèce de cochon. Sa trompe est longue de 7 à 8 pouces [20 cm environ] dans les mâles adultes ; il est noir partout, à l'exception des oreilles qui sont bordées de blanc, et du dessous du corps qui est d'un gris pâle. Le jeune est tacheté de blanc et de brun." Il est bien évident, continue M. Diard, que le tapir de M. Farguharie est absolument le même que celui de Sumatra , et d'après l'inspection de la tête que j'ai vue au cabinet de la Société, qu'il ne diffère en rien pour la dentition de celui d'Amérique. Le tapir de la ménagerie de lord Hastings fut pris, il y a 2 ans, par les Malais de Sumatra, auprès des montagnes qui avoisinent la côte occidentale de cette île ; il se trouvait avec sa mère qui s'échappa. Il est très apprivoisé et aime beaucoup à être caressé et gratté. Quand il est debout, les doigts de ses pieds, qui sont comme dans le tapir d'Amérique (trois postérieurement et quatre antérieurement), s'appuient entièrement sur le sol."


Figure 3 : le maiba ou tapir indien
(d'après Geoffroy-Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier 1824)

    L'animal fut nommé Tapirus indicus par Desmarest dans son Dictionnaire d'histoire naturelle (1819).

    Par la suite, Pierre-Médard Diard et Alfred Duvaucel (qui n'était autre que le beau-fils de Georges Cuvier), obtinrent des spécimens complets, qu'ils purent garder vivants quelque temps, disséquer, et envoyer le squelette au Muséum à Paris, confirmant s'il en était besoin la réalité de l'existence de ce nouveau et très gros mammifère.

 

 

Le des Chinois est-il le tapir ?

    Peu après la découverte officielle du tapir indien, le philologue Jean-Pierre Abel-Rémusat (1824) fit remarquer la ressemblance d'un animal légendaire chinois, appelé (figure 4), avec le tapir, ce qui aurait reporté la connaissance de cet ongulé de plusieurs siècles en arrière. Mais il n'est pas du tout certain que cette créature mythologique, qui dévore du métal, soit inspirée d'un animal réel, et encore moins du tapir indien. Ce dernier, entre autre choses, et comme l'a fait remarquer Desmarest (1826), n'a jamais eu une peau tachetée, ni une trompe démesurée comme celle d'un éléphant, ni une longue queue touffue, pas plus que quatre doigts aux pattes postérieures (il en a seulement 3). Il est donc certain que le est une créature imaginaire, ou à tout le moins un "cadavre exquis" né de la juxtaposition de plusieurs animaux.


Figure 4 : le des manuscrits chinois
(d'après Abel-Rémusat 1834)

 

    Cependant, il est très probable que les Chinois aient eu très tôt connaissance du tapir, comme l'a montré George Maxwell (1909). Dans le Ying-yai Sheng-lan, écrit par Ma-Huan vers 1416, on trouve le passage suivant, relatif à Sumatra :

    "Dans les montagnes de ce pays, on trouve un animal surnaturel appelé cerf divin [sin lok]. Il ressemble à un grand porc, et a environ trois pieds [90 cm] de haut ; l'avant du corps est noir, l'arrière blanc et le poil est brillant, court et très fin. La gueule est comme celle d'un porc, mais pas plate devant ; les sabots ont trois rainures et il ne mange que des plantes, et pas les autres animaux."

Le tapir n'a rien d'un "cerf" (divin ou pas), mais peut-être les deux idéogrammes chinois sont-ils une approximation phonétique de tenok, qui est le nom que les Malais donnent au tapir.

 

Bibliographie

Anonyme
        1779 Register der geslagten van de drie Ryken der Natuur... Verhandelingen van het Bataviaasch Genootschap der Konsten en Wetenschappen, 1 : 91.
        1834 Sur un tapir de l'Inde. Le Magasin Pittoresque, 2 : 215-216.

ABEL-REMUSAT, Jean-Pierre
        1824 Sur le tapir de la Chine. Journal Asiatique, 4 : 161-165.

BENNETT, E. T.
        1831 Evidences in proof of certain statements contained in the gardens and menagerie of the Zoological Society delineated. Magazine of Natural History, 4 : 199-206 (May).

CUVIER, Georges
        1809 Sur l'ostéologie du lamantin. Annales du Muséum d'Histoire Naturelle, 13 : 273-312 [p. 302].
        1834 Recherches sur les ossemens fossiles (4° édition), Paris, Edmond d'Ocagne, 2 : 393-395.

DESMAREST, Anselme Gaëtan
        1819 Tapir indien.  Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle. Paris, Deterville, 32 : 458.
        1826 Sur le tapir de la Chine. Bulletin des Sciences Naturelles et de Géologie, 7 : 434-436.

FARQUHAR, William
        1820 Account of a new species of tapir found in the peninsula of Malacca. Asiatick Researches, 13 : 417-427.

GEOFFROY-SAINT-HILAIRE, et Frédéric CUVIER
        1824 Histoire naturelle des mammifères. Paris, A. Belin, 6 : planche 82.

HOME, Everard
        1821 An account of the skeletons of the dugong, two-horned rhinoceros, and tapir of Sumatra, sent to England by Sir Thomas Stamdford Raffles, governor of Bencoolen. Philosophical Transactions of the Royal Society of London, 111 : 268-275.

IMBERT, H.
        1921 Le tapir à tache blanche sur le dos de la Chine et de l'Indochine. Revue Indochinoise.

MARSDEN, William
        1784 The history of Sumatra. London, second edition : 93.
        1811 The history of Sumatra. London, third edition : 116-117.

MAXWELL, W. George
        1909 Some early accounts of the Malay tapir. Journal of the Straits Branch of the Royal Asiatic Society, n° 52 : 97-104 (March).

MONTGOMERY, Janice
        2012 William Farquhar's drawings. Passage : 15 (September-October).

OUSTALET, Émile
        1893 Le tapir à dos blanc. La Nature, 21 (n° 1) : 241-243.

RAFFLES, Sophia
        1835 Memoir of the life and public services of Sir Thomas Stamford Raffles. London, James Duncan, 2 : 8-9.

SWAINSON, William
        1831 A defence of certain French naturalists. Magazine of Natural History, 4 : 97-108 (March).

 

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