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Le zèbre de Grévy
(Equus grevyi Oustalet 1882)

(dernière mise à jour : 16 mai 2014)


(en construction)

Zoologie

Nom commun : zèbre de Grévy
Nom scientifique : Equus grevyi
Classe : mammifères
Ordre : périssodactyles
Famille : équidés
Taille : 2,50 m de long et 1,60 m de hauteur au garrot
Poids :
400 kg
Habitat : savanes de l'est africain
Régime alimentaire : herbivore
Longévité : 40 ans en captivité

Description :
c'est la plus grande des espèces de zèbre, aux fines rayures caractéristiques (de la largeur du doigt, alors qu'elles sont de la largeur de la main chez les autres espèces).

 

Historique de la découverte

    L'histoire de la découverte du zèbre de Grévy constitue un exemple typique de la pertinence de la cryptozoologie. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce qui est un des plus grands mammifères terrestres n'a été décrit scientifiquement qu'à la fin du dix-neuvième siècle, et pourtant, on possédait nombre de documents sur son existence des siècles avant cette "découverte".

    Il est représenté sur des fresques égyptiennes, et même dans l'art occidental. Le Musée de l'Homme à Paris aurait possédé une remarquable tapisserie, comme le rapportent Pierre-Paul Grassé et Jiri Volf :

    "Le Musée de l'Homme de Paris possède d'autre part une tapisserie de la nativité où Jésus est porté non par un âne mais par un jeune zèbre de Grévy bien caractérisé par le système de ses raies." (Grassé 1952).

    "Le Musée de l'Homme (Paris) possède une ancienne tapisserie représentant la naissance du Christ : près de la crèche, ce n'est pas un ânon qui figure, mais un zèbre de Grévy bien reconnaissable." (Volf 1974).

     Le zèbre de Grévy est également présent dans un ouvrage d'Ulisse Aldrovandi en 1642  (Scherren 1905).

    Jean de Thévenot, grand voyageur qui passe pour avoir introduit le café en France sous Louis XIV, fut l'un des premiers Européens à voir un zèbre de Grévy vivant, et à le décrire avec une grande exactitude dans sa Relation d'un voyage fait au Levant (1664) :

"Au mois d'octobre [1656 ?] il arriva au Caire un ambassadeur d'Éthiopie, qui avoit plusieurs présens pour le Grand Seigneur, entre les autres, un asne qui avoit une peau fort belle, pourveu qu'elle fust naturelle, car je n'en voudrois pas respondre, ne l'ayant point examinée ; cet asne avoit la raye du dos noire, & tout le reste du corps estoit bigarré de rayes blanches, & rayes tannées alternativement, larges chacune d'un doigt, qui lui ceignoient tout le corps, sa teste estoit extrémement longue & bigarrée comme le corps, les oreilles fort larges par en haut, comme celles d'un buffle, & noires, jaunes et blanches, ses jambes bigarrées de mesme que le corps, non pas en long des jambes, mais à l'entour jusqu'au bas, en façon de jarretière, le tout avec autant d'ordre & de mesure qu'il n'y a point d'alagia si bien varié et proportionné, ny de peau de tygre ou de léopard, si belle. Il mourut à cet ambassadeur deux asnes pareils par les chemins, & il en portoit les peaux, pour présenter au Grand Seigneur, avec celui qui estoit vivant."

    Cet "âne" aux rayures si particulières était à l'évidence le zèbre de Grévy, que Thévenot décrit très justement, tant pour leur emplacement, puisqu'elles vont jusqu'à couvrir la tête de l'animal ainsi que ses pattes, que pour leur largeur "d'un doigt".

    Le zèbre de Grévy est ensuite mentionné par Hiob Ludolf, sous le nom de zecora, dans son Historia AEthiopica en 1681, et figuré dans le Commentarius du même auteur en 1691 :

 

    Un autre rapport ancien est dû à Baltazar Tellez, dans son Histoire de la Haute Éthiopie, écrite sur les lieux, publiée par Melchisédech Thévenot en 1696 :

"Ce pays nourrit deux espèces d'animaux qui luy sont particuliers ; le premier qu'ils nomment asne sauvage, est de la grandeur d'une moyenne mule, de bonne taille, gras, le poil couché, et qui n'a rien de l'asne que les oreilles, il est sauvage mais l'on l'apprivoise aisément ; ceux qui sont en Éthiopie viennent dans des bois qui sont par delà le pays que possèdent aujourd'huy les Galles ; la bigarrure de son poil est singulière, ce sont des bandes grises, noires, tirantes sur le roux, toutes de mesme largeur et proportion, qui se tournent en cercles vers les flancs, et ailleurs en volutes, comme la figure vous le représentera encore mieux que le discours ne le pourroit faire. L'empereur d'Éthiopie fit cadeau d'un de ces animaux au Bacha de Suaquem [pacha de Suakin], qu'un Indien acheta auprès de luy 2000 sequins, pour le présenter au grand Mogol ; le mesme empereur en ayant encore envoyé un autre à un Bacha de Suaquem, à cause qu'il avoit laissé passer des Jésuites en Éthiopie sans leur faire tort ; quand il fut de retour à Constantinople, il en fit présent au Grand Seigneur, qui en fut si content, qu'il donna en récompense à ce Bacha une charge bien plus grande que celle qu'il avoit exercée auparavant."

    En 1860, le grand explorateur James Augustus Grant signala l'existence de ce type de zèbre en Abyssinie, mentionnant ses oreilles arrondies.

 

Le drôle de zèbre du président Grévy

    C'est seulement en 1882 que ce zèbre à la robe si caractéristique fit enfin son entrée dans la zoologie. A cette époque, la France avait tissé de bonnes relations avec l'empereur d'Éthiopie, plus précisément le négus Ménélik II, qui allaient déboucher quelques années plus tard sur la construction du chemin de fer franco-éthiopien, reliant Djibouti à Addis-Abeba, une entreprise qui allait prendre vingt ans, de 1897 à 1917. Pour marquer ce rapprochement politique, Ménélik Ier fit au président de la république française de l'époque, Jules Grévy, un cadeau diplomatique assez inhabituel, sous la forme d'un zèbre : il suivait ainsi une tradition séculaire, que l'on a déjà notée avec le zèbre vu au Caire par Jean Thévenot.

    Arrivé en France après un long voyage par bateau, le zèbre fut confié au Jardin des Plantes du Muséum National d'Histoire Naturelle (figures 1a et 1b), où il mourut hélas quelques jours après. Émile Oustalet, qui devait par la suite devenir un des directeurs du Muséum, s'avisa que l'animal possédait une robe bien différentes des zèbres connus. Il s'agissait d'une nouvelle espèce de grand mammifère, à laquelle Oustalet donna le nom d'Equus grevyi, en l'honneur du président français.


Figures 1a et 1b : le zèbre offert au président Grévy (tiré de Oustalet, 1882)

 

 

Bibliographie

GRANT, James Augustus
1864 A walk across Africa. Edinbourgh, London.

GRASSE, Pierre-Paul
1952 Traité de Zoologie. Paris, Masson, 17 [n° 1] : 1082.

LUDOLF, Hiob [= LUDOLPH, Job]
1681 Iobi Ludolfi alias Leutholf dicti Historia AEthiopica, sive brevis et succincta descriptio regni habessinorum. Francofurti as Maenum, prostat apud Johann David Zunner.
1691 Iobi Ludolfi alias Leutholf dicti ad suam Historiam AEthiopicam antehac editam commentarius. Francofurti as Maenum, sumptibus Johannis David Zunneri : 150-151, planche LXXIX.

OUSTALET, Émile
1882 Une nouvelle espèce de zèbre, le zèbre de Grévy (Equus grevyi). La Nature, 10
[n° 2] : 12-14.

RZASNICKI, Adolf
1936 Zur Kenntnis und zur Entdeckungsgeschichte des Grévy-Zebras. Der Zoologische Garten, 8 : 283-291.

SCHERREN, Henry
1905 Exhibition of, and remarks upon, illustrations of a zebra in works by Aldrovandus and Ludolphus. Proceedings of the Zoological Society of London, n° 1 : 145-147.

THÉVENOT, Jean de
1664 Relation d'un voyage fait au Levant. Paris, Louis Bilaine : 473-474.

TELLEZ, Baltazar
1660 Historia geral de Ethiopia a Alta, ou Preste Ioam, abreviada pelo padre Balthezar Tellez. Coimbra, na offic. de Manoel Dias.
1696 Histoire de la Haute Éthiopie, écrite sur les lieux. In : Melchisédech THÉVENOT, Relations de divers voyages curieux, Paris, chez Thomas Moette, 2 : 6-7.

VOLF, Jiri
1974 Les zèbres. In : Bernhard GRZIMEK, Le monde animal en 13 volumes, Zürich, Editions Stauffacher, 12 : 483.

 

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