Institut Virtuel
de
Cryptozoologie
 
Les pieuvres géantes de Sidmouth :
une nouvelle de cryptozoologie-fiction

par Michel RAYNAL

(dernière mise à jour : 09 mars 2002)

 

    La recherche cryptozoologique réserve parfois d'amusantes surprises...

    Le point de départ de cette enquête a été pour moi un article du mensuel marseillais Océans d'octobre 1979, par Jean-Jacques Barloy et Dominique Chartrain, consacré aux cas d'attaques d'embarcations par des animaux marins naufrageurs.
    C'est ainsi que les deux auteurs font allusion à une telle attaque survenue au dix-neuvième siècle près de "Sedmouth" en Cornouailles, dont se seraient rendus responsables des poulpes. Renseignements pris, l'information provenait d'un article du navigateur Alain Grée, qui avait paru dans Voiles et Voiliers de mars 1978. Alain Grée lui-même, ne faisait que reprendre une histoire publiée dans la Yachting Gazette du 16 décembre 1899. Sous le titre "les brigands de la mer", un auteur anonyme y racontait un effroyable "fait divers" survenu deux ans auparavant :

"On connaît l'hapapleutis ferox [sic] par un tentacule à moitié digéré, trouvé près des Açores, et un corps presque entièrement déchiqueté qu'un pêcheur de Land's End envoya au Museum de Londres. Mais c'est en mai 1897 qu'ont été vus les seuls représentants vivants de l'espèce.
"Un négociant en retraite, M. Fison, se promenait sur une falaise, près de Sedmouth [sic] en Cornouailles, quand il crut apercevoir, de très loin, un groupe d'oiseaux bruns, posés sur une proie rosée qu'ils fouillaient. Étant descendu sur l'étroite plage de galets, la proie rosée lui apparut : un cadavre d'homme ! [et d'un...] Et ce qu'il prenait pour des oiseaux bruns, c'étaient des corps arrondis, flasques, pourvus d'énormes tentacules, avec une bouche rabaissée aux coins, et de gros yeux presque intelligents
[figure 1].


Figure 1 : "des corps arrondis, flasques, pourvus d'énormes tentacules"
(illustration de la Yachting Gazette, 1899)

"M. Fison, saisi d'horreur, cria, jeta des pierres aux affreuses bêtes. Alors doucement, ayant déroulé leurs tentacules, elles commencèrent à se mouvoir dans sa direction avec un ronronnement irrité. Il se sauva, trébucha, se releva. Après avoir fait une vingtaine de mètres, il regarda derrière lui. Le roc qu'il venait de quitter se hérissait déjà de lanières visqueuses. Alors, glissant, sautant, tombant, il se rua follement à travers flaques et galets jusqu'à la falaise où deux ouvriers le virent arriver, l'œil fou [figure 2]. Tous trois jetèrent des pierres aux bêtes, qui disparurent.


Figure 2 : "il se rua follement à travers flaques et galets"
(illustration de la Yachting Gazette, 1899)

"Honteux de leur terreur, ils revinrent par la mer, avec un canot, et s'approchèrent de l'endroit où le cadavre avait été abandonné. Il n'en restait plus rien. Comme ils s'éloignaient, les herbes sous-marines parurent s'agiter, et ils distinguèrent l'un des monstres, replié, roulant sous l'eau vers la haute mer. Alors ils frappèrent au hasard dans les herbes avec leurs rames. La jungle aquatique s'anima; des centaines d'yeux apparurent et trois tentacules s'abattirent sur le plat-bord, comme pour chavirer le bateau. M. Fison, à coups de gaffe, les charcuta. A ce moment, il faillit être renversé par un coup dans le dos. C'était un de ses compagnons nommé Hills qui repoussait avec sa rame, une semblable attaque sur l'autre bord.
"M. Fison, dans sa déposition devant le coroner, raconte qu'alors il commença à trembler de tous ses membres et à crier : "Sauvons-nous !" Il se mit au gouvernail, tandis que les cordes vivantes, gluantes, enlaçaient les rames, le gouvernail, et de nouveau s'abattaient, implacables, en nœuds coulants, sur les rebords.
"Le deuxième ouvrier, nommé Ewan ou Ewen, s'arma de la gaffe et piqua, au hasard, sous le bateau. Hills prit son couteau et frappa à tour de bras dans l'eau, le long de la membrure. M. Fison avait saisi l'une des rames prisonnières et tirait en vain, les veines tendues, avec l'énergie du désespoir [figure 3]. A ce moment, un grand canot d'excursion, chargé de femmes et d'enfants, apparut à 50 mètres environ. Un bébé en rose était à l'avant. M. Fison pensa d'abord à un secours possible, puis aux enfants, et cria : "Sauvez-vous, pour l'amour de Dieu !" Il n'a jamais paru se douter qu'il avait été simplement héroïque à ce moment-là.


Figure 3 : le combat contre les monstres
(illustration de la Yachting Gazette, 1899)

"D'ailleurs, un cri terrible le fit retourner. Hills était accroupi près de la tolletière d'avant. Son bras droit avait complètement disparu dans l'eau, comme prisonnier. Il se crispa. Le bateau faillit chavirer. M. Fison se rejeta instinctivement sur l'autre bord. Mais Hills, qui était vigoureux et râblé, réussit à se relever presque entièrement. Son bras droit sortit de l'eau, enserré comme de lianes de chairs brunes et tendues. En même temps, un gros œil résolu parut au ras du bord. Ewan piqua avec sa gaffe. Mais déjà Hills retombait, les côtes sur le taquet. De nouveau tentacules s'abattirent sur son épaule et sur son cou. En un instant, il avait passé par-dessus bord. [et de deux...]
"Immédiatement, le bateau se redressa et, enfin dégagé, vint toucher contre un roc du rivage où le courant l'avait entraîné. M. Fison sauta sur la pierre avec Ewan. Il crut entendre derrière lui des cris, des appels, qu'il attribua au pauvre Hills. Mais, fou de terreur, il n'osa s'arrêter et grimpa d'un trait par le sentier en lacets jusqu'au sommet de la falaise. Quand il se retourna, le grand canot d'excursion avait disparu et flottait, la quille en l'air. [belote, re-belote, et dix de der !]
"Cet événement fit grand bruit en Cornouailles. Quelques jours plus tard, un artiste nommé M. Egbert Caine, qui se baignait près de Newlyn, battit des bras et disparut. [et encore un !]
"[...] C'est le 15 juin que fut trouvé le corps d'hapopleuthis [sic] déchiqueté, près de Torquay, qui est maintenant au Museum de Londres. Depuis ce temps, on n'a plus entendu parler de la bande de monstres sous-marins qui avaient sévi sur la Cornouailles.
"La seule explication plausible de leur migration a été donnée par le savant Hemsby qui l'attribue à un naufrage antérieur. Les hapopleuthis, mis au goût de la chair humaine, se seraient rués vers la plus prochaine côte.
"Reparaîtront-ils ? L'avenir seul le dira."

    A la lecture de ce récit digne d'un film-catastrophe (Peter Benchley n'a décidément rien inventé avec Jaws, le requin des Dents de la Mer), je fus d'emblée persuadé qu'il s'agissait d'une rocambolesque mystification. Le fait que le nom des céphalopodes fût écrit de deux façons sans doute aussi fantaisistes l'une que l'autre (la fin du nom générique ne pouvait être qu'en "-teuthis", comme dans Architeuthis par exemple), de même que l'orthographe erronée du lieu de ces horreurs (Sidmouth et non pas "Sedmouth"), pouvaient être dus à ces regrettables coquilles dont les journaux sont coutumiers. Mais le style ne pouvait qu'élever la suspicion : l'expérience montre que le témoignage valable, digne de foi, est généralement sobre, court, et plutôt vague — or, c'est ici tout le contraire. Ce qui est surtout incroyable, c'est cette série noire interminable, cette hécatombe effroyable où les cadavres pleuvent comme dans un roman d'Agatha Christie : il y a certes des cas d'agressions délibérées d'animaux, y compris de poulpes, contre l'homme, mais décidément trop, c'est trop !
    D'ailleurs, si cette histoire était véridique, elle n'aurait pas manqué de faire la "une" des journaux britanniques, dont le Times, ou au moins des magazines populaires friands de ce genre d'histoires, comme l'Illustrated London News : or, rien...

    J'avais donc classé cette affaire dans l'infamante catégorie des canulars, lorsque, bien plus tard, elle connut un rebondissement aussi insolite qu'inattendu. Il se trouve en effet que je m'intéresse assez à la science-fiction (la "S.F.", comme on dit entre initiés), de préférence écrite, les films de S.F. étant trop souvent d'une débilité consternante, à de rares exceptions près (spécialement 2001, l'odyssée de l'espace, un des plus beaux films du cinéma mondial à mon goût). C'est donc en lisant un recueil de nouvelles du célèbre romancier anglais Herbert George Wells (figure 4), que je tombai sur l'une d'elles, Les pirates de la mer (titre original : The sea riders, 1897), dont la lecture fut édifiante.


Figure 4 : Herbert George Wells

 

    Disons tout de suite que ce recueil est un peu décevant, à mon humble avis, par rapport aux grands classiques de Wells que sont L'homme invisible, La machine à explorer le temps, L'île du docteur Moreau ou La guerre des mondes. En tout cas, il est évident que c'est bien cette nouvelle de Wells qui est à la base de l'article de la Yachting Gazette, aucun doute possible : la trame du récit est exactement la même, en plus élaboré et en plus horrible, si tant est que ce soit possible ! Des morceaux de phrase entiers ont été repris par la Yachting Gazette. L'important est surtout que Wells, pour mieux tenir le lecteur en haleine, a eu l'astuce de présenter cette nouvelle — qui relève plus de la littérature d'horreur que de la science-fiction (ou alors de la "zoologie-fiction") — comme un fait divers authentique, une histoire vraie ! Et, vicieusement, il a mélangé dans son texte des éléments de pure fiction avec des informations tirées de la réalité, et d'autres qui donnent à penser que "ça doit être vrai" :

"Avant l'extraordinaire affaire de Sidmouth [commence Wells], l'espèce particulière : Haploteuthis ferox, n'était connue de la science que génériquement, d'après un tentacule à demi digéré, trouvé près des îles Açores, et d'un cadavre en décomposition, au commencement de 1896, par M. Jennings, près de Land's End."

    Admirez au passage la perversité de Wells, qui cite des noms, des lieux, des dates, et même un nom scientifique qui "sonne" rudement bien! Et Wells de poursuivre :

"Aucune partie de la science zoologique n'est restée aussi obscure que celle qui s'occupe des céphalopodes qui vivent aux grandes profondeurs de la mer [comme cryptozoologue, je suis bien placé pour le savoir !]. C'est une pur hasard, par exemple, qui amena la découverte que fit le prince de Monaco, pendant l'été de 1895, d'une douzaine environ de formes nouvelles, parmi lesquelles se trouvait le tentacule mentionné plus haut. Il arriva qu'un cachalot fut tué, au large de Terceira, par des baleiniers, et, dans ses derniers efforts, il se précipita contre le yacht du prince [...]."

    Alors là, avec l'autorité du prince Albert 1er de Monaco, il faudrait être sacrément difficile pour ne pas avaler ligne et hameçon ! Car ce qui est absolument exact, c'est que le 18 juillet 1895, au large des Açores, le prince océanographe observa, du pont de son yacht de recherches, la Princesse Alice, des baleiniers portugais harponner un cachalot de 13,70 m. Mais laissons la parole au prince lui-même, ce grand homme qui a consacré sa vie et sa fortune à une aussi noble tâche que de faire progresser notre connaissance des océans, et dont l'Institut Océanographique à Paris, et le merveilleux Musée Océanographique de Monaco poursuivent l'œuvre admirable :

"Le navire et les acteurs du drame flottaient sur une nappe sanglante d'un hectare, sillonnée de ruisseaux floconneux plus rouges, qui s'échappaient encore de l'animal et s'absorbaient bientôt dans le milieu ambiant, comme les nuages qui descendant des montagnes se confondent peu à peu dans la brume des plaines.
"Sa tête énorme se montrait tout à côté de notre arrière, sa mâchoire inférieure, écartée par le relâchement des muscles, ballottait au gré des vagues et je vis sa bouche, telle qu'une caverne béante, vomir coup sur coup plusieurs céphalopodes, poulpes ou calmars, d'une taille considérable. Le cétacé nous livrait ainsi le résultat de sa dernière excursion aux abîmes : une bouchée toute récente qui n'avait guère franchi son œsophage.
"Je compris la valeur scientifique de ces objets rapportés des régions intermédiaires de la profondeur, où vivent des êtres défendus jusqu'ici par la puissance de leur natation contre toutes nos tentatives, et dont l'existence se révèle dans certaines aventures souvent classées parmi les fables.
"Un canot fut vite lancé pour les recueillir, mais la densité de ces précieux vomissements les maintenait suspendus entre deux eaux et faisait craindre leur disparition avant qu'on les eût approchés, lorsqu'une inspiration me vint à propos : les céphalopodes étaient visibles encore à une dizaine de mètres du navire, non loin de l'hélice ; je commandai machine en arrière, quelques tours pour envelopper dans un tourbillon les objets convoités, et ceux-ci, effectivement, passèrent et repassèrent assez près de la surface pour que, de l'embarcation, on pût les saisir dans un filet."

    Et voici ce que devient ce passage sur la récupération des restes de céphalopodes vomis par le cachalot dans le rewriting de Wells :

"Dans son agonie, il rejeta un certain nombre de gros objets. Le prince, se rendant vaguement compte de leur étrangeté et de leur importance, put, par un heureux expédient, s'en emparer avant qu'ils n'eussent coulé à fond. Il mit ses hélices en mouvement, et ces objets bizarres demeurèrent dans les tourbillons ainsi formés jusqu'à ce qu'une chaloupe fût mise à la mer. C'étaient des céphalopodes entiers, et des fragments de céphalopodes, quelques-uns de proportions gigantesques et presque tous inconnus de la science."

    Jusqu'ici, tout est exact dans les moindres détails. Là où la réalité et la fiction divergent, c'est sur l'identification de ces échantillons, confiée à Louis Joubin, alors de la faculté de Rennes. Voici en effet les espèces qu'il a décrites (des calmars de grande taille) : Cucioteuthis unguiculata, Ancistrocheirus lesueuri, Lepidoteuthis grimaldii, Histioteuthis rüppelli et Dubioteuthis physeteris ("le calmar douteux du cachalot", attribué par la suite au genre Architeuthis). Mais point d'Haploteuthis ferox !

    Il a été très amusant de décortiquer ce qui aurait pu être la genèse d'une légende : d'abord, l'épisode authentique raconté par le prince Albert 1er de Monaco ; puis la nouvelle de Wells, qui s'en inspire pour partie, mêlant subtilement le vrai et l'imaginaire; ensuite l'article de la Yachting Gazette, prenant ce récit pour une véritable "nouvelle", au sens journalistique du terme ; enfin les diverses resucées populaires qui étaient bien près de donner un label officiel à l'histoire des céphalopodes monstrueux de Cornouailles ! Ainsi le magazine britannique Fortean Times de septembre 1991 (figure 5) cite l'incident de Sedmouth (sic) comme authentique, au milieu d'une liste d'invasions de poulpes.


Figure 5 : couverture de Fortean Times de septembre 1991

    Et le périodique fortéen ajoute ce commentaire révélateur :

"Nous n'avons pas de détails sur cet incident, mais nous avons entendu dire que plusieurs personnes (nageurs ou pêcheurs ?) ont été tuées par des poulpes. On croit que H. G. Wells a basé son histoire de 1897 The sea riders sur cette apparition."

    C'est en fait exactement le contraire qui s'est produit : c'est la nouvelle de Wells qui est à l'origine de toutes les versions ultérieures !

    Soit dit au passage, question horreur, l'élève Wells a dépassé le maître Jules Verne ! Et la conception du récit est des plus subtiles : c'est en fait un véritable pastiche cryptozoologique avant la lettre, du même genre que la fameuse étude sur les Rhinogrades, ces délicieux mammifères surréalistes progressant sur leur nez, sortis de l'imagination délirante de Harald Stümpke.
    Bref, exit Haploteuthis ferox... Il est d'ailleurs heureux que j'aie eu le dernier mot de cette histoire, car l'étape suivante de la légende aurait entraîné quelque naïf à chercher le spécimen prétendument conservé dans les collections du British Museum à Londres !

    Et pourtant, l'épisode imaginé par Wells n'a peut-être pas été localisé en Cornouailles par hasard. Dans leur ouvrage sur le folklore de cette région, Tony Deane et Tony Shaw (1975) ont en effet mentionné une tradition locale concernant de grands poulpes :

"Même aujourd'hui le monde sous-marin est relativement inconnu et il est donc compréhensible que l'on entende des histoires de monstres marins. Celles-ci, bien sûr, existent dans toutes les régions du monde, mais en Cornouailles la croyance en une créature énorme ressemblant à un poulpe a encore cours dans la région autour de Godrevy et Portreath sur la côte Nord. Là, le fond de la mer s'enfonce de manière très abrupte et les vieux marins expliquaient la soudaine profondeur comme étant l'antre du monstre."

    L'explication est évidemment naïve, mais si de telles histoires avaient cours au temps de Wells, il est fort possible qu'il s'en soit inspiré pour la localisation de son récit.

 

Bibliographie

Anonyme
1899 Les brigands de la mer. Yachting Gazette, n° 31 : 291-292 (16 décembre).
1991 The kraken wakes. Fortean Times, n° 59 : 7 (September).

ALBERT 1er (Prince de Monaco)
1966 La carrière d'un navigateur. Monaco, Éditions des Archives du Palais Princier : 168-171.

BARLOY, Jean-Jacques, et Dominique CHARTRAIN
1979 Les animaux naufrageurs. Océans, n° 80 : 32-39 (octobre).

DEANE, Tony, and Tony SHAW
1975 The folklore of Cornwall. London, B. T. Batsford : 84.

GREE, Alain
1978 Calmar au diable et chair de poulpe. Voiles et Voiliers, n° 85 : 84-89 (mars).

JOUBIN, Louis
1895 Céphalopodes recueillis dans l'estomac d'un cachalot capturé aux îles Açores. Comptes-Rendus de l'Académie des Sciences, 121 : 1172-1174.

RAYNAL, Michel
1998 Les pieuvres géantes de Cornouailles : une nouvelle de zoologie-fiction. Cryptozoologia, n° 20 : 3-8 (janvier).

WELLS, Herbert George
1897 The sea riders. I
n The Plattner story and others. London, Methuen.
1902 Les pirates de la mer. Paris, Jules Tallandier.

La nouvelle de Wells en texte intégral (en anglais) : fichier Word 2.0 de 26 kilo-octets.

 

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