(dernière mise à jour : 20 octobre 2007)

 

Cétacé ou poulpe colossal ?

    En 1995, la presse spécialisée a fait grand bruit sur de nouveaux tests effectués sur des échantillons du monstre de Floride par Sidney K. Pierce, Timothy K. Maugel et Eugenie Clark, de l'université du Maryland à College Park et Gerald N. Smith de la faculté de médecine d'Indianapolis. Leur conclusion, publiée dans le Biological Bulletin d'avril 1995 (article disponible en téléchargement : fichier PDF de 3,3 Mo), est que le monstre de Floride est du collagène de la peau d'un vertébré homéotherme (à température interne constante, "à sang chaud" comme on dit communément). Que cela ait été publié dans une revue prestigieuse ne change rien à l'affaire, la conclusion est totalement absurde, puisque aucun vertébré homéotherme (ou poïkilotherme d'ailleurs, c'est-à-dire à température interne variable), ne possède une peau de la taille, de la masse et de la forme du monstre de Floride. Notons d'ailleurs que ces résultats ont fait l'objet de commentaires dans divers magazines scientifiques, comme New Scientist et Science, une faveur que n'eurent pas les travaux de Wood et Gennaro (1971), Mackal (1986), Mangiacopra (1976) et Raynal (Raynal et Dethier 1991).
    Qu'est-ce qui motive donc ce diagnostic prétendument définitif ?
    Dans leur article, Pierce et ses collègues commencent par une critique des travaux de Gennaro et Mackal sur le plan de la méthodologie (ma propre contribution au dosage du fer et du cuivre est rejetée en un mot comme "non concluante", sans autre forme de procès...). C'est ainsi qu'ils notent que Gennaro ne donne pas de précisions sur les échantillons de poulpe et de calmar qu'il utilisa aux fins de comparaisons pour ses examens histologiques ; mais il faut rappeler que les résultats furent publiés dans Natural History, un magazine plutôt grand public, où ce genre de détail n'est jamais publié. C'est bien parce que Wood et Gennaro ne purent pas publier ailleurs, que le protocole de travail n'est pas décrit avec la précision que l'on peut trouver dans une publication de haut niveau scientifique. Par contre, il y aurait beaucoup à dire d'un point de vue méthodologique sur l'article du Biological Bulletin, en dépit de ses prétentions :

  • Pierce et al. parlent du "manque complet d'un test approprié d'affinités taxonomiques dans les données de Mackal ", une affirmation que l'on peut discuter : Mackal analysa des échantillons d'Octopus, de calmar géant Architeuthis, et de divers cétacés. A l'inverse, Pierce and Co. ont choisi les plus invraisemblables candidats pour leurs échantillons :
    - un poulpe abyssal (Bathypolypus pelagicus) particulièrement obscur (sans jeu de mot), dont la biologie et la physiologie sont très mal connues. Si des comparaisons devaient être faites en utilisant la méthode Pierce, ce serait avec les plus grandes espèces connues du genre Octopus (O. vulgaris et O. dofleini par exemple), et avec les octopodes cirrates tesl que Cirroteuthis, Grimpoteuthis, Cirrothauma, etc., car seuls ces deux groupes d'octopodes ont été proposés pour rendre compte du monstre de Floride en tant que poulpe géant.
    - un échantillon de baleine à bosse ou mégaptère (Megaptera novae-angliae), alors que la comparaison s'imposait avec le cachalot (Physeter catodon), hypothèse avancée par Addison E. Verrill quand il estima que le monstre de Saint-Augustine provenait du réservoir à spermaceti de ce cétacé à dents. Par parenthèse, le nom scientifique de la baleine à bosse est Megaptera novae-angliae ("celui de la Nouvelle-Angleterre avec de grandes nageoires", du latin nova-anglia, génitif novae-angliae), et pas "novae-angleae" (sic) comme il est écrit par deux fois dans l'article.
    - et que dire du choix, encore plus inapproprié dans ce cas, de collagène de tendon de rat !

  • Rien n'est dit des limites de variation des concentrations en amino-acides, des dimensions des fibres de collagène, etc. Pierce et consorts affirment que les résultats sont typiques d'un vertébré à sang chaud, mais nous devons croire ce qu'ils disent avec la même foi aveugle que des paroles divines.

  • Enfin, pour qui se pique de sérieux méthodologique, que penser du fait que nos quatre Dalton n'aient pas travaillé "en aveugle", à savoir sur des échantillons numérotés (et non pas identifiés), dont l'identification n'est révélée qu'après le résultat de l'analyse, comme Mackal l'avait fait pour ses propres analyses, et moi-même pour le dosage du fer et du cuivre.

    Ceci dit, voyons précisément sur quoi Pierce et ses collègues se basent.
    Tout d'abord, ils présentent des photographies prises au microscope électronique. Elles montrent que les échantillons du monstre de Floride sont essentiellement des fibres de collagène arrangées en couches perpendiculaires l'une à l'autre, une structure que l'on retrouve dans le lard de baleine à bosse. Par contre, le manteau de Bathypolypus arcticus est principalement constitué de muscle, avec une très faible quantité de collagène. Egalement, la périodicité axiale des fibres de collagène mesurée par Pierce and Co. est de 54,3 nm (nanomètres : 1 nm = 10-9 m) chez le monstre de Floride, et de 54,6 nm chez le mégaptère, au lieu de 46,6 nm chez Bathypolypus arcticus.
    Ces observations semblent clore le dossier de manière définitive, mais comme on l'a vu, Mackal soulignait déjà dans son article de Cryptozoology en 1986, qu'un énorme poulpe devrait posséder une énorme masse de collagène, pour des raisons biomécaniques. La faible quantité de collagène chez un petit poulpe tel que celui curieusement choisi par Pierce et Cie n'est donc pas du tout surprenante, et l'énorme quantité de collagène chez le monstre de Floride ne doit donc pas être considérée comme une preuve que ce n'est pas un poulpe : tout au contraire !
    Pierce et ses associés ne nous donnant aucune précision sur les limites de variation de la périodicité des bandes des fibres de collagène chez divers céphalopodes et cétacés, quelle peut être la signification d'une différence de seulement 16 % ? Mesurant les fibres de collagène de l'artère dorsale d'Octopus dofleini (le poulpe pointillé du Nord-Pacifique), Gosline et Shadwick trouvent d'ailleurs une périodicité axiale de 600-640 Å (Angström : 1 Å = 10-10 m), soit 60-64 nm. Hunt, Grant et Liebovich trouvent même 680 Å (68 nm) pour le collagène du manteau du calmar Loligo peallii. Et que dire d'une espèce (Octopus giganteus), dont nous ne connaissons rien ? De plus, la largeur des bandes peut avoir été légèrement altérée après un siècle de conservation dans des solvants organiques.

    Concernant l'arrangement perpendiculaire, il est probablement dû à une nécessité biomécanique plutôt qu'à une différence génétique, dès lors qu'une grande quantité de collagène est présente, pour renforcer la structure : un poulpe géant présenterait certainement le même type d'arrangement. Chose intéressante, les photographies au microscope électronique publiées par Gosline et Shadwick montrent une tendance à une beaucoup plus grande quantité de collagène chez Octopus dofleini que dans les échantillons de Bathypolypus analysés par Pierce, ainsi qu'une tendance à un arrangement perpendiculaire des fibres ! Enfin, Pierce et ses amis remarquent la présence de dépôts de graisse dans le tissu de baleine à bosse de référence (ce qui est logique pour du lard de baleine), qui font complètement défaut chez le monstre de Saint-Augustine, comme on pourrait s'y attendre chez un céphalopode ! 

    Nos quatre mousquetaires commentent ensuite les résultats d'une analyse des acides aminés, qui, concluent-ils, montrent que les échantillons du monstre de Floride sont du collagène presque pur. Dois-je rappeler que c'est très exactement ce qu'avait déjà démontré Mackal 9 ans plus tôt, en 1986 ?
    Après cette stupéfiante découverte, nos quatre associés dans la démystification "scientifique" étudient le détail des concentrations de chaque acide aminé, faisant grand cas des imino-acides (sérine et thréonine), alors que Mackal avait d'avance averti qu'aucune conclusion (dans un sens ou dans l'autre) ne devait être tirée de ceux-ci, à cause du long séjour dans le formol.
    On a vu que selon Pikkarainen et Kulonen, il y a une augmentation du total acide aspartique + acide glutamique de 110 pour 1000 résidus chez les animaux homéothermiques (à sang chaud), à 150 pour 1000 résidus pour les collagènes des invertébrés. Avec un taux de 131 ‰ (147 ‰ ou 159 ‰ dans les échantillons analysés par Mackal), les résultats pour le monstre de Floride sont plus significatifs d'un poulpe que d'un cétacé, quoi qu'en disent Pierce et autres. D'après leurs propres chiffres, on trouve en effet respectivement 135 ‰ pour le blob des Bermudes (dont nous reparlerons), 144 ‰ pour le calmar, 117 ‰ pour la carpe, 116 ‰ pour la baleine à bosse, 111 ‰ pour le requin, mais seulement 117 ‰ pour Bathypolypus (ce qu'on peut expliquer par le séjour de l'échantillon dans l'alcool isopropylique, un puissant solvant organique) : il est significatif que les concentrations les plus élevées se trouvent chez le monstre de Saint-Augustine, le blob des Bermudes et le calmar, en accord avec l'échelle donnée par Pikkarainen et Kulonen pour les invertébrés !

    Autrement dit, les tests invoqués par nos 4 contradicteurs pour démontrer que le monstre de Floride était un cétacé, se révèlent être bien plus significatifs d'un poulpe, pour peu que l'on garde au vestiaire ses idées préconçues. 

    Finalement, la conclusion de nos 4 spécialistes en mauvais debunking est qu'il s'agit de collagène de peau provenant du lard d'un cétacé, un non-sens complet : comme je l'ai déjà rappelé, le lard de cétacé n'est qu'une couche de tissu graisseux (d'ailleurs absent chez le monstre de Floride), dont la forme, l'épaisseur, la taille et le poids ne peuvent en aucun cas expliquer l'épave de 1896... à moins d'accepter une tumeur encore jamais signalée chez un cétacé. Comme leur conclusion est que le blob des Bermudes, à l'aspect assez semblable, provient d'un vertébré à sang-froid, nous aurions donc affaire, non pas à un, mais à deux cas non répertoriés de "monstres", au sens tératologique du terme, et non apparentés !
    Du reste, comme le souligne l'écrivain Richard Ellis, aucun cétologue (spécialiste des cétacés) comme aucun baleinier n'a jamais reconnu un quelconque cétacé sur les photographies de l'épave de Saint-Augustine. D'ailleurs, si la solution était aussi simple, vu les milliers d'échouages ou de captures de cétacés enregistrés chaque année, et ce depuis un siècle, les "monstres de Floride" devraient se compter par centaines au bas mot. Comment expliquer que ce cas soit unique ?
    J'ajoute une anecdote qui en dit long sur le manque d'objectivité de Pierce. A propos d'une photographie de l'épave de Floride montrant clairement deux fragments de bras, il m'écrivait :

"La photo que vous m'avez envoyée est la même que celle que Richard Ellis a publiée dans son livre [Monsters of the Sea, 1994]. Dans le commentaire, il dit que la structure s'étendant vers la droite de la carcasse [extending to the right of the carcass] semble être un tentacule. Hélas pour Ellis, d'autres photos prises à la même époque montrent clairement que la structure à laquelle il fait allusion est un poteau de bois, sans aucun doute une partie du matériel qu'utilisa Webb pour déterrer la carcasse."

    En fait, Ellis écrit (page 312) :

"... ce qui semble être un bras s'étendant depuis le corps de la créature à droite. [extending from the body of the creature at the right]."

    Voilà Pierce pris en flagrant délit, préposition falsifiée à l'appui. Ellis écrit en réalité que c'est le corps qui est sur la droite de la photo, pas le bras !

    Bernard Heuvelmans a souligné en 1995 dans un commentaire pour Info Journal, que la cryptozoologie est une science pluridisciplinaire, utilisant toutes les données disponibles : témoignages, traditions indigènes, photographies, fragments anatomiques, etc. Des tests biologiques sont bien sûr les bienvenus, mais ils ne constituent qu'un indice supplémentaire, certainement pas la seule preuve, et pas nécessairement la meilleure quand on veut leur faire dire plus qu'ils ne peuvent. Et il y a précisément nombre de raisons de penser que le monstre de Floride était effectivement un poulpe géant : entre autres la présence de bras, attestée par Grant, Wilson et Webb, et corroborée par diverses photographies, la présence d'organes ou de viscères notée par Webb, l'absence de tissu graisseux, etc., et nombre de témoignages qui vont venir, devraient donner à réfléchir. 

    J'ai toutefois imaginé 3 autres tests plus complexes, permettant d'obtenir une identification précise :

  • Le premier test consiste à étudier la mobilité électrophorétique du collagène. Dans un solvant parcouru par un champ électrique, la protéine va se déplacer ("migrer") plus ou moins rapidement selon son poids moléculaire, lequel est lié à la formule chimique du collagène, elle-même liée à son appartenance zoologique. Par comparaison avec des collagènes connus, il serait possible de dire si celui du monstre de Floride provient d'un cachalot ou d'un poulpe. Ce test est relativement simple, et ne nécessite pas un appareillage complexe. Il suffit de disposer de collagène pur d'espèces connues.

  • Le deuxième test consiste à "séquencer" les acides aminés du collagène, c'est-à-dire déterminer l'enchaînement ---Gly---X---Y---Gly---X---Y---, et non plus seulement leur proportion dans la protéine. Par comparaison avec des collagènes connus, on peut déterminer les permutations ou substitutions d'acides aminés qui sont liées aux affinités zoologiques de l'animal, et donc l'identité probable du monstre de Floride. Cette méthode est plus précise, mais aussi plus complexe.

  • Enfin, un troisième test donnerait une réponse définitive : une solution de collagène du monstre de Floride est injectée chez un lapin ; celui-ci va donc fabriquer des anticorps spécifiques contre ce collagène étranger, quel qu'il soit (une chose est sûre, il ne s'agit pas de collagène de lapin !). Après la montée des anticorps, on prélève un peu de sang du lapin, on en sépare le plasma (riche en anticorps) par centrifugation, et on le met en présence de divers collagène d'espèces connues. On étudie alors la réactivité anticorps/protéine (collagène en l'occurrence) au moyen de l'analyse radio-immunologique (RIA). Si Octopus giganteus est bien un poulpe, on devrait observer une réactivité minime ou nulle avec du collagène de cétacé (cachalot par exemple) ou de poisson (requin, etc.), faible avec du collagène de calmar, et très forte avec du collagène de poulpes :

cachalot - - -

- - - - - - - - requin - - - - - - -
- - - - - - - calmar - - - - - - - -

- - - poulpe

-

---> réactivité

croissante --->

+

    J'espère vivement que les biochimistes travaillant sur la radio-immunologie, notamment Vincent Sarich et Jerold Lewonstein aux USA, effectueront ce test décisif. De toute façon, même si l'on croit que le monstre de Floride n'était qu'un cétacé, la démonstration physique de cette identification constituerait un pas en avant de la Science. C'est précisément en effectuant dans les années 1950 des tests chimiques (dosage du fluor) et des datations au carbone 14 sur le crâne du prétendu "homme de Piltdown" (Angleterre), que la Science a avancé, même -- surtout ! -- si elle avait démontré qu'il s'agissait d'une mystification : ce qu'on tenait pour le missing link, le "chaînon manquant" entre le singe et l'homme, était en fait un crâne humain actuel, et la mandibule celle d'un orang-outan dont on avait limé les canines !

    Une autre voie de recherche que j'avais évidemment envisagée, est la recherche d'ADN, mais les échantillons avaient été stockés pendant des décennies dans le formol, le plus mauvais solvant possible de ce point de vue. Le matériel génétique était en effet presque complètement détruit, et il semblait impossible de tirer quoi que ce soit des échantillons. Dans les années 1990, cependant, une technique connue sous le nom de PCR (Polymerase Chain Reaction) fit son apparition en biologie comme en criminologie : elle permet de dupliquer des traces infimes d'ADN, et autorise ensuite la comparaison des séquences de nucléotides avec celles d'ADN d'espèces connues. Il existe d'ailleurs maintenant des bases de données informatiques accessibles par Internet (comme GenBank), permettant un gain de temps considérable.
    En fait, on travaille généralement sur une partie du code génétique, sur ce qu'on appelle des primers (marqueurs), spécialement la cytochrome-oxydase qui est très significative sur le plan phylogénétique.
    C'est encore Joseph F. Gennaro, bien qu'à la retraite, qui s'est attaqué à cette tâche, à la suite des discussions que nous avions eues lors d'un colloque de cryptozoologie à Rome en mars 1999. Les résultats, effectués dans deux laboratoires américains, et non encore publiés, démontrent que l'ADN du "monstre de Floride" ne se rapporte à aucune des quelque 100'000 ADN référencés dans GenBank, et en particulier ni au calmar géant Architeuthis, ni au cachalot (ni d'ailleurs à aucun autre cétacé). Paradoxalement, cet ADN n'est pas davantage proche de celui des poulpes. En fait, je soupçonne fortement les échantillons d'avoir été contaminés avec divers ADN, notamment bactérien voire humain, et donc il est à craindre qu'on ne puisse tirer aucune conclusion valable de cette analyse !

    Je considérais cependant, jusqu'en 2003, que les indices en faveur de l'Octopus giganteus en tant que véritable poulpe géant semblaient plus solides que ceux en faveur d'un cétacé. Mais un échouage providentiel sur les côtes chiliennes allait changer la donne, et me convaincre que je faisais certainement erreur.

 

 

Le blob du Chili

    En juin 2003, en effet, le Centro de Conservacion Cetacea (CCC) de Santiago du Chili annonce en effet qu'une énorme masse de tissu organique a été découverte le 24 juin 2003, échouée sur une plage du sud du Chili (playa Pinuno, au nord de l'île de Chiloé, près du port de Maullin).
        Les dimensions de cette charogne, s'étendant sur plus de 12 mètres de long, près de 6 m de large et jusqu'à 1 m de hauteur (au poids évalué à 13 tonnes), faisaient penser à une baleine, expliquant que le CCC, organisation non gouvernementale chargée de la protection des cétacés du Chili ait été contactée. Mais à l'examen de la carcasse, il apparut qu'elle ne ressemblait pas du tout à un cétacé échoué : l'absence de squelette, la consistance de cette masse, la présence d'appendices ressemblant vaguement aux bras d'un céphalopode à l'une des extrémités (opposée à celle en forme d'hémisphère) — étaient autant de caractères qui incitèrent les membres du CCC à penser à un poulpe géant inconnu.

    Ce qui est frappant quand on regarde les photographies de cette épave (figure 27), que l'on surnomma "le blob du Chili", c'est son extraordinaire ressemblance avec le "monstre de Floride" de 1896 : même masse très difficile à découper au scalpel, même forme hémisphérique, même teinte rosâtre, mêmes appendices ressemblant vaguement à des bras de céphalopodes... 


Figure 27 : le blob du Chili de 2003
(photographie Centro de Conservacion Cetacea)

    Or, dans un premier temps, deux chercheurs du Museo Nacional de Historia Natural de Santiago du Chili, Sergio Letelier et José Yanez, affirmèrent avoir noté sur le blob du Chili, la présence de papilles dermiques typiques des cétacés. La couleur rougeâtre des tissus internes de l'épave serait quant à elle liée à la présence de fibres musculaires riches en myoglobine, que l'on trouve dans les muscles rouges des vertébrés.
    Et par la suite, ce fut encore Sidney K. Pierce et ses collègues qui purent extraire l'ADN de cette masse organique, qui confirma qu'il s'agissait bien des restes d'un cachalot, comme ils le publièrent dans le Biological Bulletin de juin 2004 (article disponible en téléchargement : fichier PDF de 11,8 Mo).

    Il se confirme donc, près d'un siècle après l'affaire de Saint-Augustine, que dans certaines conditions, la décomposition de la tête du cachalot, et spécialement du réservoir à spermaceti, donne naissance à une masse de tissus organiques ressemblant à un poulpe géant.

    Exit donc, l'Octopus giganteus...

 

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